Yarn bombing

Voilà un nouveau mot à retenir pour vos parties de scrabble endiablées ou vos futurs dîners mondains… Le yarn bombing, ou tricot urbain, consiste à investir la rue en enveloppant le mobilier de laine... Pourquoi ? Parce que c’est cool ! Rencontre discrète avec des street crocheteuses.

Recouvrir des bancs, des ponts, des rochers ou des arbres avec du tricot, ça ne vous viendrait pas à l’idée ? Et pourtant, de plus en plus d’artistes contemporains se mettent à crocheter et à investir les villes pour embellir le paysage urbain et opposer des couleurs vives au mobilier trop morose.

Le yarn bombing est né en 2005 aux Etats-Unis avec l’artiste Magda Ayeg qui a fait du textile, et plus particulièrement du tricot, son mode d’expression fétiche. Désormais véritable composante du « street art », le tricot est repris dans de nombreux pays et compte des adeptes toujours plus nombreux.

« On s’est mises autour du crochet et voilà… On n’a pas eu besoin de se raconter nos vies, on avait déjà un truc en commun. »

Pau ne fait pas exception : un petit groupe de crocheteuses/tricoteuses est né récemment, après la journée Mondiale du tricot de juin dernier. « Je connaissais déjà le yarn bombing. J’avais envie d’en faire, mais pas toute seule ! Ça n’existait pas à Pau, alors l’idée m’est venue de monter un groupe… », confie Julie*, l’une des deux instigatrices du projet. Dans celui-ci, il est avant tout question de partage et de rencontre, de recréer un cercle d’ami(e)s, dans l’unique but de s’amuser ensemble.

Rassemblement de petites grands-mères à lunettes rondes ? Cliché ! Le groupe palois est multi-générationnel ; certaines crochètent depuis longtemps (pour de ne pas dire de mères en filles), d’autres débutent mais sont déjà mordues, comme Amélie : « Apprendre le crochet avec un livre ou des tutos, j'en avais absolument pas envie. Mais ici, j'ai commencé et je suis déjà devenue accro… Je ne maîtrise pas encore, mais on m’apprend, et j'ai déjà envie de crocheter tout ce qui me passe entre les mains ! ».

« Sans s’en rendre compte, on est un peu féministes car on s’impose dans la rue et dans l’art urbain »

Quel que soit leur niveau, toutes se retrouvent autour du projet collectif que décrit Julie : « Quand on s’est retrouvées la première fois, les barrières sont tombées tout de suite. On s’est tutoyées immédiatement, on s’est mises autour du crochet et voilà… On a pas eu besoin de se raconter nos vies, on avait déjà un truc en commun ! ». Nathalie, elle, est de plus en plus interpellée par la jeune génération qui souhaite apprendre le crochet : « Les jeunes sont très intéressées parce qu’elles voient des photos dans des magazines d’art. Ça donne une nouvelle dimension. Moi ça me fait plaisir que ce soit à la mode ! Pour moi, il y a l’idée de transmettre qui est importante aussi ».

Multi générationnel et même multi sexe car, si l’activité est essentiellement féminine, il est des plus « tendance » pour les hommes de se montrer aiguilles ou crochet à la main dans les transports collectifs… Ces « serial crocheteuses » nous confient convertir leur mari avec une certaine facilité. Si le street art et le graffiti sont pratiqués essentiellement par les hommes, le tricot permet d’apporter de la féminité dans cet univers : « Sans s’en rendre compte, on est un peu féministes car on s’impose dans la rue et dans l’art urbain », sourit Nathalie. Il y a donc bien plus que l’on croit dans ces petits bouts de laine…

« Un moyen de s'exprimer, comme certains graffent un mur… C'est un moyen d'éveiller la curiosité, de faire lever les têtes, de voir la ville autrement »

Le yarn bombing cherche à réunir l’ensemble de la population en humanisant davantage l’espace urbain, en portant un regard nouveau sur son mobilier et ses infrastructures. Pour Julie, les gens ne regardent plus vraiment leur ville : tricoter un poteau ou une gouttière est alors une occasion de les faire s’arrêter, de changer leur regard tout en les faisant sourire… Caroline, également à l’origine du groupe palois, le définit comme « un moyen de s'exprimer, comme certains graffent un mur… C'est un moyen d'éveiller la curiosité, de faire lever les têtes, de voir la ville autrement ».

Cet art de rue, rappelle Julie, est « gratuit, généreux et plus ou moins anonyme. Ceux qui participent se retrouvent autour de valeurs communes. Le groupe est au service du message que l’on souhaite faire passer, pas une manière pour quelques-uns de se faire valoir… ». Dans le groupe, il n’est pas question de se faire connaître en tant que personne, mais bien de faire reconnaître les réalisations communes. Caroline complète cette idée : « Oui, c’est une forme d'oubli de son individualité. Je deviens une partie d'un groupe et ça me convient tout à fait ! Et puis l'union fait la force, seules dans notre coin, je pense que tout ça serait resté dans nos caboches ».

Pour le moment, le groupe en est à ses débuts et vise les petites actions : poser des pastilles crochetées dans la rue, sur les murs, mettre des yeux sur les boîtes aux lettres ou sur les gouttières... Mais le collectif ne compte pas s’arrêter là : le but est de mettre en valeur l’art du tricot urbain, lui faire une place à côté des arts dit « nobles » et laisser une vraie place à la création. « On veut vite s’étendre, confie Caroline, que ça devienne plus « grand » ! C'est aussi plus facile de réaliser des choses à plusieurs, les idées fusent et on se sent plus audacieux. Notre volonté de faire est suffisamment grande pour recouvrir entièrement la ville de Pau… pour qu'elle n’ait plus jamais froid ! ».

* Les prénoms ont été changés

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